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« Tiens toi prête »

 » Si quelqu’un devait incarner l’expression avoir des c***lles, ce serait Marie-Noëlle Ratier !  » Voilà en substance les mots prononcés par un copilote au départ de ce Rallye Vosges Grand-Est. Une reconnaissance du monde du rallye pour la performance XXL qu’allait réaliser le duo Astier-Ratier dans un contexte totalement défavorable et après des jours emplis de péripéties, de rebondissements et de coup dur. C’est cette histoire dont le rallye à le secret que nous voulions vous raconter pour rendre hommage à cette copilote au mental d’acier et à la motivation hors norme.

Marie-Noëlle suit, accompagne, copilote, guide, chouchoute Raphaël Astier et ses différents copilotes depuis 2014 :

 » J’ai entendu parler de Raph’ via Stéphane Poudrel qui était un ami de son père à l’époque, puis je l’ai connu lui plus personnellement lorsqu’il a fait son premier rallye avec Fred Vauclare en 2014 au Rallye du Var avec la Z3, déjà une propulsion. En 2016 pour la Finale à Lunéville, il n’avait pas de copilote et m’a contacté pour savoir si Fred serait dispo, car il n’osait pas ! Raphaël est un garçon timide et réservé qui ne veut pas déranger. Ils sont partis tous les 2 avec un camping-car, une remorque, 4 pneus et 3 amis, le rallye à l’économie et à l’entraide. Lui l’outsider que personne n’attendait gagne avec une Porsche 996 GT3 de Romain Dumas, un très grand souvenir. »

A partir de cette année, le duo Astier-Vauclare deviendra inséparable jusqu’en 2022, excepté quelques piges. Et Marie-Noëlle occupera différents postes pour les aider et les soutenir à sa façon :

 » Au Var 2016 sur la Fiesta WRC, je suis pour la première fois leur ouvreur avec Julien Saunier. En 2017 ils s’engagent en WRC-3 sur une 208R2 du Team CHL mais fini les ouvreurs. Je m’occupe alors de toute leur logistique personnelle avant et après la course, tout comme en 2018 en ERC sur l’Abarth 124 RGT de chez Milano Racing. Un travail de copilote et de logisticienne de l’ombre qui me plait et qui les soulage. En plus de cet aspect d’avant course, en 2019 pour sa seule année sur une R5, je guide les invités d’un des partenaires sur chaque manche du championnat de France et puis c’est le coup d’arrêt. En 2020, je retrouve ma place d’ouvreur pour le Monte Carlo et le COVID stoppe tout. Il faudra ensuite attendre l’édition 2021 pour rouvrir un cahier de notes mais seulement pour l’ouverture du WRC. »

Une petite saison RGT en 2022 sur les routes du WRC et de l’ERC avec l’Alpine avant le grand retour en CDF en 2023. Son habituel copilote étant engagé auprès de son fils dans le Trophée Clio, il décide de faire appel à une légende de la discipline rencontré quelques temps plus tôt dans le Colorado :

« Raphaël et Denis Giraudet étaient tous les deux présents à Pikes Peak, l’un en tant que pilote, l’autre comme coordinateur. Le courant passe tout de suite et Raphaël lui avoue qu’il aimerait beaucoup rouler avec lui un jour. En 2023, l’opportunité se présente car Fred n’est plus aussi disponible car beaucoup de dates du trophée et du championnat sont les mêmes. J’avais alors repris mon rôle d’ouvreur avec Nicolas Renchet qui nous avait rejoint en 2021. Puis vient mon premier rallye avec Raphaël comme copilote. Pour me remercier de mon implication depuis toutes ces années, il me propose de faire le Rouergue avec lui et nous finissons 3ème, mon premier podium en championnat asphalte, qui plus est à domicile et devant ma famille, un très grand moment ! J’enchaine finalement sur le Mont Blanc avant de redonner la place à Denis pour la fin du championnat, secondé par Valentin Suchet, son ancien copilote. »

Et puis c’est en 2024, que la série noire débute entre Denis et les Vosges. Victime d’une sortie de route, Denis déjà bien fragilisé par son accident avec Novikov lors de la Finlande en 2012, se blesse de nouveau et ne pourra pas assurer sa place au Rouergue. Naturellement, Marie-Noëlle qui ouvre pour eux assure déjà l’intérim mais cette fois pas de podium et une deuxième sortie de route consécutive. En 2025, c’est au tour de Denis de remercier à sa façon sa doublure pour son implication :

 » Denis m’a dit que le Rouergue était MON rallye et qu’il espérait que je le gagne un jour alors il m’a cédé sa place ! Un très beau geste de sa part qui illustre une vraie complicité et un profond respect entre nous. Cette année, alors qu’aucun programme n’avait été défini, et qu’il était tout juste question de la Porsche, Raphaël me propose de nouveau la place pour le Rouergue s’il arrive à repartir sur le championnat. C’est Denis lui-même qui me le confirme au Charbo. Concrètement ça veut dire que Denis hypothèque sa carte personnelle pour un titre de champion de France copilote avec ce résultat blanc et que Raphaël s’autorise un écart malgré la pression du résultat. C’est incroyable ! Mais ces 2 là ne roulent pas pour ça, le noyau dur est resté le même depuis des années, ils n’ont pas changé leur approche ou leur méthode de travail qui fonctionnent déjà très bien. Cela me met inévitablement un peu plus de pression mais ils ont confiance en mon travail. Raphaël à des capacités d’anticipation et d’adaptations qui sont bluffantes, et on le ressent vraiment à côté. Un vrai pilote de propulsion »

Voilà une semaine que s’est déroulé le shakedown du Rallye Vosges Grand-Est 2026, de nouveau impitoyable avec la paire Astier-Giraudet. L’équipage n°1 sort violemment sur une route détrempée, blessant sérieusement Denis et légèrement Raphaël. Toujours sur place et à peine rentré dans l’ambulance, Denis appelle sa complice :

 » Cela faisait 10min que j’étais partie et je reçois la vidéo de la sortie du duo. J’étais décomposée, je ne savais pas quoi faire. Je transfert à Nicolas qui venait lui aussi de partir. Nous devions nous rejoindre à Lyon pour finir la route ensemble. Je ne rentre pas sur l’autoroute, je cogite, je ne sais pas s’il faut monter ou pas. C’est à cet instant que Denis m’appelle: « Marie, je ne le sens pas, tiens-toi prête ». Je fais demi-tour, je récupère mes affaires et on monte avec Nicolas. Il a ressenti la même douleur qu’il y a 2 ans, il se connaît par cœur et n’est pas trop optimiste de pouvoir assurer à droite et il avait raison lorsque le verdict tombe. Dans le même temps, Lionel Hansen, concepteur de la voiture et partenaire de CHL dans le projet, propose d’envoyer une auto qu’il a en revision dans son atelier dans les Vosges pour ne pas perdre de temps. « 

Alors que les ouvreurs sont en route, une partie de l’équipe s’occupe de la voiture et Emy, la coordinatrice de CHL, s’occupe d’effectuer toutes les démarches relatives au changement de copilote et de voiture : vérifications administratives, papiers, déplacement des vérifications techniques, du parc fermé, c’est une véritable course dans la course. A son arrivée à Gérardmer la voiture n’est pas encore là, alors une fois les formalités administratives validées, Marie-Noëlle optimise et s’attaque à son sésame, ses notes :

 » Nous n’avions pas accès aux cahiers de note car les clés du gite était avec l’équipage qui était toujours à l’hôpital. Je ne voulais pas déranger Denis mais j’ai fini par lui demander comment on pouvait faire. Il avait le scan de l’Etape 1 qu’il m’a envoyé et que j’ai commencé à recopier sur la fin de mon trajet. Quand je suis arrivé au bout de l’ES1 j’ai abandonné l’idée de toute recopier, c’était infaisable. Ça fait des années que j’ai l’habitude de lire les notes de Denis mais c’est à 40 ou 60km/h, en voiture de série. Je n’avais pas le choix, il fallait aller à l’essentiel et que je me convaincs que c’était la meilleure solution. Ils n’avaient pas encore corrigé l’Étape 2, donc après que Raphaël soit sorti de l’hôpital, nous avons fait un passage en caméra tous les deux puis j’ai récupéré l’ordi pour bosser toute seule. J’ai visionné les caméras à vitesse accélérée, je revenais en arrière puis en avant, pour mettre des annotations de rythme que Denis n’utilise pas, réécrire dans l’ordre les détails que nous n’écrivons pas de la même façon. En bref, des ajustements pour me faciliter la lecture tout en gagnant un temps précieux. »

La voiture est réceptionnée à 20 :30 et les mécaniciens accomplissent déjà un miracle pour être dans les temps :

« Pour ajouter un peu de piment, la nouvelle voiture était en configuration Belge, il a donc fallu la mettre en version FFSA à son arrivée. Je tiens d’ailleurs à souligner le travail de Jérémy Chevallereau, l’ingé dépêché sur ce projet par Lionel Hansen. L’équipe CHL, avec à sa tête Coralie notre chef voiture, savait donc très vite ce que nous devions récupérer de l’ancienne voiture pour le mettre sur la nouvelle. Pendant que toute l’équipe travaillait sur la mécanique, j’ai réglé mon baquet alors que la voiture était sur chandelle et lorsqu’on l’a enfin posée au sol, j’étais trop haute. Il est alors 01 :30 du matin, et penaude, je m’excuse auprès du mécanicien qui l’avait remonté au moins 4 fois pour finalement descendre d’un cran. Entre les réglages de position, je continuais à bosser sur les notes avec l’ordi. La voiture a été mise en parc à 02 :12 du matin, heure à laquelle nous sommes allés nous coucher également. J’ai à peine dormi 4h je pense, à cause de crise de tachycardie qui me réveillait en sursaut. »

Il restait pourtant d’autres obstacles, comme lui trouver un remplaçant. Là encore l’histoire est rocambolesque. Nicolas profitait du déplacement dans les Vosges pour venir récupérer un vélo, qui appartenait à un certain Gabriel Lieffroy ! Un adversaire du Championnat Junior alors disputé en Twingo R1. Nicolas appelle Marie pour lui proposer la candidature de Gabriel, qui avait d’ailleurs déjà ouvert pour Florian Bernardi il y a quelques années. La licence express est prise. Un soucis de moins !

A la différence du Rouergue, son épreuve de cœur, Marie-Noëlle a peu d’expérience aux Vosges, seulement une comme copilote avec Charlotte Berton en 2007 et deux en tant qu’ouvreur. Denis la prévient qu’il faut surtout qu’elle se prépare à la vitesse, car même dans le serré ça va très vite. Sans parler du bruit qui a demandé de nombreux essais de radio :

« Le bruit d’une Porsche fait rêver tous les passionnés et même de l’intérieur, c’est assourdissant. Sur cette épreuve, la voiture était équipée d’un nouveau silencieux pour réduire encore les nuisances mais la boite aussi fait un vacarme hallucinant ! Avant le début de saison, l’équipe a essayé tous les modèles et seul le « 0 noize » permettait de s’entendre correctement. Moi je suis arrivé avec mon casque réparé car les soudures du micro avaient lâché. Il fonctionnait mais j’avais une voix de robot et je ne voulais pas prendre de risque. J’ai alors rameuté tout le parc d’assistance en chasse d’un autre casque et j’ai croisé la route de Bernard Piallat qui a cherché des solutions. Un de ses mécaniciens prenait la route et il a embarqué 2x casques, un ouvert et un intégral pour que je test. J’ai choisi le casque ouvert, qui n’était autre que celui d’Isabelle Galmiche (je ne l’ai appris que plus tard dans le week-end). Un beau clin d’œil !« 

« L’ES1 Pays d’Ormont était par chance plus simple que les autres de la boucle avec pas mal de visuel. J’étais concentrée comme jamais, déterminée à ramener le maximum de point, le faire pour Denis, pour leur championnat. Le rythme était correct, on est à notre place. Raphaël découvrait la voiture, devait retrouvait la confiance après les évènements de la veille. J’ai ressenti un véritable soulagement à l’arrivée de la 1. Je me suis dit que j’en étais effectivement capable même si je n’ai pas beaucoup levé la tête ! Nous partions 2 sur la route mais Loeb n’évitait pas beaucoup de cordes, c’était déjà bien pollué par endroit avec l’humidité de la veille. La suite vous la connaissez. Un rallye géré de main de maitre par le prodige de la propulsion, de très gros points engrangés et toujours la tête du championnat. Personnellement, j’ai pris beaucoup de confiance en moi grâce à ce rallye, la pression a parfois du bon en allant à l’essentiel, en se faisant confiance, l’instinct de survie en fait. »

Comme cela était prévu, Marie-Noëlle retrouvera le baquet de la Porsche pour la prochaine manche au Rouergue, ce qui laissera un peu plus de temps à Denis pour se remettre de ses blessures. Le natif de Lorette a quitté l’hôpital le mardi suivant le rallye et démarre sa convalescence. La bonne nouvelle est qu’il a l’autorisation de ses médecins de faire de la voiture et pourra donc en principe ouvrir pour l’équipage comme il l’avait proposé ! Nous te souhaitons un prompt rétablissement pour que tu puisses retrouver très vite ton équipe et ton pilote pour la suite du championnat dans le baquet.

Merci à Marie-Noëlle pour sa disponibilité et son authenticité. Si les récentes victoires de Sarah Rumeau et Julie Amblard m’avaient pris de court, je ne voulais cette fois pas louper la formidable épopée de Marie-Noëlle qui met non seulement encore une fois les femmes en lumière dans ce sport, certes avec une présence accrue, mais loin d’être équitable, et plus globalement le travail de l’ombre des copilotes, des mécaniciens, des équipes, des ingénieurs. On ne « saute » pas dans un baquet, on y fait sa place par le travail. Difficile d’imaginer la pression, l’état d’esprit, la fatigue, les doutes qu’a enduré Marie-Noëlle avant le départ de la 1, et le soulagement une fois l’arrivée ralliée. Oui, il faut parfois se retrouver au pied du mur pour connaître ses vraies capacités, souvent insoupçonnées. Se mettre en danger, sortir de sa zone de confort pour réellement évoluer et passer des étapes. Raphaël, tu es entouré de gens formidables et compétents, à ton image finalement.

Texte: Victor Bellotto / Marie-Noëlle Ratier

Photos: Bastien Roux / Nicolas Renchet

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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