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Roadtrip Franco-Belge / Etape 2

La 1èreet déjà longue étape (je suis partis à 4h du matin de Grenoble) m’amène à Armentières où je retrouve Edouard et Jean Charles le temps d’une bonne mousse ; deux amis que je croise moins sur les courses mais qu’il est toujours aussi bon de voir. Arrivé sur les coups de 1h du matin à Redu, au sud de Namur, je n’ai qu’une hâte, me coucher enfin !

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Etape 2 – RSR (Rent Speed Racing)

Le rendez-vous est pris du côté d’Halma, cette fois en région Wallone et proche de la forêt des Ardennes françaises. Le décor est radicalement différent de la veille, tout est boisé, calme, paisible. Un avant-goût des Vosges. Je me rends donc dans les locaux tout neuf de l’écurie RSR (Rent Speed Racing), créé par le dirigeant-pilote belge Eric Cunin. Le parking donne sur les ateliers où j’aperçois l’objet principal de ma visite : les Škoda Fabia WRC. Je ne peux m’empêcher de m’approcher et de me présenter aux deux mécaniciens présents aujourd’hui.

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Alors que je faisais déjà le tour de ces deux morceaux d’histoire, c’est le très grand Eric qui pénètre dans l’atelier et nous commençons à discuter. Cet infirmier de formation à déjà près de 30 ans de rallye derrière lui et une sacrée carte de visite. Nous poursuivons nos échanges dans son bureau après avoir traversé ce nouveau bâtiment qui combine son activité principale dans le médical et sa passion dans le sport automobile.

« J’ai roulé plus de 10 ans chez Guy Colsoul en Mitsubishi Gr. N avec de jolies victoires et podium en division 1 et 2. Un très bon ami, David Bonjean, qui avait également ses voitures en maintenance chez Aldero Rallye Sport, achète en 2012 sa première Škoda Fabia WRC, le fameux châssis #14 utilisé par Colin McRae en Australie et au RAC 2005, celui que vous êtes venus voir il me semble ! J’ai pu faire le Condroz à son volant fin 2012 et je l’ai racheté l’année suivante. Le début d’une belle histoire avec cette auto qui dure encore aujourd’hui. »

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Entre temps, David Bonjean rachète le châssis #7, de nouveau racheté par Eric un an après ! En 2015, Eric possédait deux Fabia WRC. C’est d’ailleurs cette année-là qu’il vit sa plus belle course, au Rallye d’Epernay :

« Terminé second, sur le podium, avec Sébastien Loeb est indiscutablement mon plus beau souvenir en rallye. Surtout après une grosse baston avec Quentin Giordano et Laurent Viana. C’est ce qui fait de ce sport une discipline si particulière où moi, pur amateur, je peux me retrouver sur le même podium que le nonuple champion du monde. »

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En 2018, Eric profite de la construction d’un nouveau centre logistique pour ses activités professionnelles pour y inclure un garage et ainsi « voler de ses propres ailes » avec sa structure Rent Speed Racing SPRL créait quelques années plus tôt. Une proximité qui permet de gagner du temps et aussi de pouvoir se vider l’esprit si besoin :

« Il faut bien noter que RSR n’est pas mon activité principale. Je me suis pris au jeu d’accompagner des pilotes qui sont devenus des amis et c’est un moyen aussi de rentabiliser les autos qui sont dans l’atelier. Je fais entre 6 et 7 rallyes par an et c’est plus avantageux pour moi de fonctionner comme cela. Quentin, mon mécanicien freelance, vient 1 journée par semaine et mon fils Sylvain nous accompagne aussi sur les rallyes. Mais l’organisation et la logistique sont compliquées à gérer en parallèle de mon travail. Les équipages qui viennent chez nous aime être dans un cocon. Je suis là à chaque point stop, je ne suis pas avare de conseils et ils se sentent aussi bien que dans un team professionnel, notamment à l’assistance. Et puis ils peuvent piloter des voitures magiques ! »

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En effet, en plus des 2 Fabia WRC, RSR possède 1 Fabia R5, 1 VW Golf Gr. 4 Historique et 1 Saxo VTS N2. De quoi satisfaire tous les budgets. Mais revenons en maintenant au cœur du sujet, la Škoda Fabia WRC. Ceux qui me connaissent depuis longtemps, savent que je suis un amoureux de cette marque et depuis longtemps. Déjà avec la Felicia Kit Car et l’Octavia WRC (et oui on a tous nos secrets !). Malheureusement, le châssis #14 a été vendu en 2018 à un pilote suédois et Eric possède désormais le châssis #7 et le #23, deux autos qui ont quand même des choses à raconter.

« Pour moi, il n’y a pas de meilleure sensations que dans ces WRC anciennes générations. Tout est plus direct, plus violent même je dirais. Vous prenez un vrai coup de pied au c** au départ et à chaque accélération. Quel panard ! Les perfos étaient équivalentes aux R5 de premières générations mais maintenant forcément la tendance s’est inversée. C’est plus simple à piloter qu’une R5, elle pardonne beaucoup plus. Tous les pilotes qui ont roulé chez moi ont la même envie de refaire une course à son volant et pour un tarif quasi identique. Il y a beaucoup de demande. »

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En effet, on ne peut pas dire que ces retraitées du WRC ai eu une vie paisible depuis, environ 10 rallyes/an ! Mais ce succès devient également un problème au quotidien :

« Comme vous vous en doutez, les pièces commencent à manquer. Il faut faire preuve d’imagination et de pas mal de système D pour continuer à satisfaire la demande. Nous avons maintenant un bon réseau et de bonnes adresses pour faire les choses correctement. Les moteurs par exemple sont envoyés au Liechtenstein tous les 1750km chez Lehman Motorsport. Wevers en Hollande avait racheté tous le lot de bord et hormis les châssis, on arrive à avoir encore la majorité des éléments. Nous envoyons les données après chaque course à un ingénieur de chez eux pour avoir un vrai état de l’auto et pouvoir faire les révisions. L’ECU et les systèmes électroniques fonctionnent avec du Bosch ce qui est très compliqué car très peu utilisé. »

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Pour des raisons pratique et de maximisation du matériel, Eric a dû se séparer du châssis #14. En effet, la 14 et la 23 étaient équipées d’une boite de vitesse à 6 rapports et de différentiels pilotés, au contraire de la 7 qui avait une boite 5 et des différentiels mécaniques. L’acheteur qui allait exclusivement rouler sur la terre, a demandé pour le châssis #14, les spécificités de la 7 avec le kit terre. L’embrayage, le berceau et la boite étant différents, il aurait fallu un lot de bord très important avec impossibilité d’utiliser les pièces sur les autres véhicules. Ceci a permis à Eric d’avoir deux autos identiques techniquement parlant et de disposer en plus d’un kit asphalte de rechange complet.

« Au Rallye de Lorraine en 2015, José Adam sort violemment et le châssis #7 est très abimé mais la mécanique était peu impactée. Comme il n’y avait plus de coque disponible, on a dû la refaire et Super Welding à Verviers a fait du super boulot. Idem pour un collecteur cassé, il faut se débrouiller et être malin. Laurent Bayard est capable de nous les ressouder. Entre pilote on s’aide ! Au début, on était souvent embêté par des pièces à 3 balles ou des procédures qu’on ne connaissait pas. Maintenant on connaît l’auto relativement et on arrive à réagir rapidement. »

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RSR a pris l’habitude de changer l’embrayage à chaque étape pour des courses de 2 jours ou plus (en fait c’est le calage de l’embrayage qu’il faut refaire donc l’équipe dispose de 2 jeux prêts qu’il change pour gagner du temps) ou la fresh air sur des assistances de 35 minutes à cause de la chaleur du turbo. Et les résultats parlent d’eux-mêmes car les autos ont très peu abandonné au cours des 2 dernières années malgré la diversité des pilotes qui les font rouler. Un pari gagnant et un plaisir de voir ces autos rares évoluer encore aujourd’hui.

« Je roule régulièrement en France car l’accueil réservé aux WRC est génial. Depuis que le règlement en Belgique a changé, ça n’a plus de sens de s’engager avec ce type d’auto pour être transparent et partir très loin dans le classement. En France, on part devant et avec d’autres pilotes de WRC, les parcours sont hyper variés et les recos plus simples. Je roule surtout pour me faire plaisir et notre rencontre par exemple, me prouve que les gens ont envie de voir autre chose qu’une énième R5. Tant que je peux je ressortirais les grand-mère car elles me font sentir vivant ! »

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Difficile de ne pas adhérer à cette philosophie. Quand on aime le rallye et son histoire, ces deux trésors sont une preuve encore « vivante » qui procurent des sensations et des sons uniques. Un grand merci à Eric et son équipe pour leur accueil et les nombreuses anecdotes. Je voulais savoir s’il y avait une histoire derrière ces deux sœurs tchèques, je n’ai pas été déçu ! A revoir très vite chez nous et dans quelques épreuves en Belgique.

Sources:

Site de RSR 

Palmarès châssis #7  /  Palmarès châssis #14  /  Palmarès châssis #23

Photos Victor Bellotto

 

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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