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Les nouveaux explorateurs

Pour ce premier épisode de notre série consacrée aux manches hors de nos frontières, ce n’est pas un mais deux rallyes qui seront passés en revue par notre rédaction. Grâce aux témoignages de copilotes bien connues du championnat de France, nous allons embarquer pour un voyage outre Atlantique dans la peau de véritables explorateurs. Plus de 1800km et 6 mois séparent ces 2 épreuves sur le continent Nord-Américain. La première a eu lieu début Février à Maniwaki au Québec tandis que l’autre s’est terminée deux semaines avant le Mont Blanc à Detroit Lakes dans le Minnesota aux Etat Unis. Récit.

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Le premier de nos reporters est Yannick Roche, un ami de longue date. Nous nous connaissons depuis 2006 lorsque nous étudions tous les deux sur Marseille. Lui était déjà copilote à cette époque. Passé par la formule de promotion Suzuki avec le gapençais Cédric Durand, il écrème ensuite les rallyes de la région Est en Mitsubishi avant de découvrir l’international en 2015 en Irlande, Allemagne et même au Luxembourg. C’est en 2016 que son talent est enfin reconnu à sa juste valeur puisqu’un certains Erik Comas lui fait confiance pour le Championnat d’Europe Historique à bord de sa mythique Lancia Stratos. Une auto qui dominait les débuts de l’ère moderne dans les années 70 et qui a encore de beaux restes aujourd’hui. Titré champions d’Europe en 2017, il seconde désormais Quentin Giordano en Championnat de France au sein du Team Sarrazin Motorsport dans la Hyundai i20 R5. Eternel curieux, Yannick a toujours eu le don de se retrouver dans des situations impensables, un magicien !  C’est ainsi qu’à peine le Monte Carlo terminé, il décollait pour Boston à 6000km de là :

« Un pilote américain, Mike Minneman, cherchait un copilote avec un peu d’expérience sur un forum international pour participer à la première manche du championnat canadien, le Rallye Perce-Neige. De nature curieuse et fonceuse j’ai envoyé ma candidature sans grand espoir d’être choisi. Et pourtant me voilà à Boston ! ».

Et c’est bien là que l’aventure commence :

« Mike travaillant chez Tripadvisor, il a attendu le dernier moment pour partir. J’avais donc un peu de temps devant moi pour analyser les différences de règlements entre le Canada et les Etats Unis, où a toujours roulé Mike. Nous avons parcouru la ville pour acheter de l’absorbant, le kit de secours spécifique demandé ou encore installer une sangle obligatoire, ceci afin d’être plus serein le jour des vérifications. Nous avons ensuite pris la route pour Maniwaki au Québec, à 800km de là, soit près de 11h de trajet. Nous étions tous les deux dans son 4×4 avec la voiture de course qui n’était même pas sur remorque ! Il avait un système de remorquage comme les dépanneuses, avec les roues arrières du véhicule tracté qui roulent sur la route. Je ne vous raconte pas les dérives sur la glace ! L’avantage d’un si long trajet est de pouvoir faire connaissance, d’échanger sur nos expériences, créer une certaine complicité, relative, et un début d’alchimie. Plus nous nous rapprochions de notre destination, plus les murs de neige grandissaient et plus la température chutait. Entre -25°C et -35°C. Le Monte Carlo ressemble à un rallye estival vu d’ici. Quand vous êtes la seule voiture entourée de 4 motos-neige à la station-service du coin, vous êtes déjà dépaysé!

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Nous sommes arrivés le mardi à 22h pour récupérer le roadbook et les reconnaissances attaquaient le lendemain à 6h30 avec encore énormément de travail à faire de mon côté. Sur ce rallye, le parcours reste secret jusqu’au tout dernier moment car il emprunte en majorité des routes forestières dans des réserves indiennes et il faut à tout prix éviter les abus d’éventuels « tricheurs » ou de spectateurs curieux. Il n’y avait donc aucune cartes ou itinéraire disponible avant ce soir-là pour m’avancer un peu. Les reconnaissances peuvent s’effectuer soit en voiture classique soit en voiture de course. La seule obligation est d’avoir des pneus neige (mais fortement recommandé d’avoir des clous) montés sur le véhicule choisi. Les spéciales tracées dans les réserves indiennes se font en convoi tandis que celles plus proche des villes sont libres. Deux passages sont autorisés et ils ne seront pas de trop pour nous. Je vais écrire pour la première fois des notes en anglais tandis que Mike va lui dicter pour la première fois ses propres notes. Il a toujours acheté les notes de l’organisateur (cela se fait beaucoup dans les pays anglo-saxons) et c’est ce que j’utilisais moi-même en Irlande pour ma première expérience internationale. Nous voulions aussi profiter de ces 2 journées pour tester notre Honda CRX « de course » sur la neige mais elle a refusé de démarrer, notre fil rouge jusqu’au départ ! C’est donc en 4×4 que nous partons à la découverte de ce parcours canadien. »

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Avant de retrouver Yannick pour le début de ses reconnaissances, petite présentation de notre deuxième guide, Florian Barral. Ce jeune copilote de 24 ans qui est aussi moniteur de ski dans l’arrière-pays niçois l’hiver, débute sa carrière en 2011 dans le comité PACA, puis découvre la terre en 2014 et devient copilote de Julien Pontal en 2017 dans le premier Championnat de France Junior en Fiesta R2J. Mais c’est véritablement la première sélection copilote lancée par la FFSA qui va marquer un tournant dans son parcours. Il fera partie des 7 finalistes, tout comme un certains Yannick Roche, mais ne sera finalement pas sélectionné. « Un mal pour un bien »nous confiera-t-il.  En effet, Manu Guigou que l’on ne présente plus, alors à la recherche d’un copilote jeune et motivé, contact Florian qui acceptera le baquet libre après une longue réflexion. Bien lui en a pris. Régulièrement aux avant-poste en 2 roues motrices en championnat de France cette année, il décroche même ses premières victoires scratch en coupe de France avec Anthony Puppo et ce n’est pas finie : « J’ai clairement franchi des caps cette année aux côtés de Manu. L’exigence, la rigueur et la remise en question sont permanentes et je m’améliore à chaque rallye. Je n’aurais certainement pas pu avoir cette opportunité sans la confiance de Manu vis à vis de mon travail depuis le début de saison. »

Car le pilote d’Apt est aussi un chef d’entreprise. Après avoir repris la société de location Automéca, il est devenu cette année le dirigeant de RRS, fournisseurs d’équipements de sécurité pour la compétition. C’est au travers de ce partenariat entre RRS et Bryan Bouffier, que Florian a pu découvrir le rallye outre-Atlantique : « Pour la deuxième fois, Bryan a été invité par Arek Gruszka, le propriétaire de l’équipe Green Apu Rally Team, à venir piloter son « bébé », une Mitsubishi Mirage RS Proto à la sauce américaine. Il était à la recherche d’un copilote et en discutant tous les deux, Manu lui a passé mon numéro. Je ne pouvais pas refuser cette opportunité ! Me voilà donc en route pour le Minnesota à la fin du mois d’Août du côté de Detroit Lakes pour la 5èmemanche de l’ARA (championnat américain des rallyes), l’Ojibwe Forests Rally. Je ne regrette pas d’avoir effectué un séjour linguistique il y a quelques années pour apprendre la langue et malgré mon bon niveau, il faut parfois s’accrocher pour comprendre le parler local ! Le timing est un peu différent de ce que l’on connaît puisque le shakedown se déroule le mercredi alors que les reconnaissances sont le jeudi, puis la course le vendredi et samedi. D’ailleurs en arrivant pour prendre les notes du shakedown, rien n’était prêt et même au départ avec la voiture de course ils modifiaient encore des choses ! Calqué sur le modèle européen, nous avons le droit à deux passages de reconnaissances par spéciale en véhicule civilisé et tout se fait très bien dans la journée. Contrairement à chez nous, il n’y a pas de parc fermé après les vérifications. Chaque équipage récupère son auto et nous nous retrouvons tous le vendredi matin pour le départ dans le parc exposé. Une sorte de parc ouvert où les spectateurs peuvent approcher les voitures et les équipages de près et demander autographes et selfies. D’ailleurs je n’ai pas loupé l’occasion de prendre le mien avec la légende Travis Pastrana que j’admire depuis longtemps, fan de glisse oblige. C’est le briefing oral du matin qui donne le top et vous mets dans l’ambiance. Un commissaire est monté dans la benne de son pick-up et d’une voix rauque rappelle rapidement les règles de sécurité, si tout le monde comprend le pointage (oui oui) et termine par: Have fun !»

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Cette spécificité du « parc exposé » se retrouve aussi au Canada. Une façon d’attirer et de s’ouvrir au public pour un sport encore relativement confidentiel comparé au Nascar, à l’Indycar ou les courses offroad, bien plus populaires. Le spectacle, toujours le spectacle. Et Yannick dans tout ça ?

« Les dernières nuits ont été courtes entre les problèmes de démarrage et de chauffage. Au-delà du confort, sans chauffage, la buée givre de l’intérieur et il impossible de rouler dans ces conditions. Cette petite Honda nous aura donné du mal mais nous réussissons à moins d’une heure du départ à tout mettre en ordre pour se placer dans le parc exposé. Et la journée sera longue avec 220km entre 9h38 et 21h20 pour les premiers, copieux le programme ! J’ai beaucoup apprécié le briefing oral le matin qui rappelait certaines règles essentielles mais inconnues pour moi. Cela permet de se rassurer et de partir sur un pied d’égalité. J’avais d’ailleurs pu m’entretenir avec un des organisateurs sur certains points du règlement, un vrai plus. Les conditions de roulage sont idéales avec un grand ciel bleu, une belle couche de glace puis de neige et des beaux murs sur les côtés. Mais les clous de compétition sont interdits pour éviter de trop dégrader la route. Avec notre petite auto, cela ne change pas grand-chose de toute façon.

42937177_2261353517427363_15388623008432128_nRapidement le mot « aventure » prenait tout son sens. Comme nous ne jouions pas la gagne ni la perfo, nous nous sommes arrêtés pour tracter un concurrent boqué dans un mur de neige. Ah, la voilà donc l’utilité de la fameuse sangle ! Avec notre 2 roues motrices nous avons eu du mal mais nous avons fini par réussir. L’ambiance était plus rally-raid que rallye classique. Mais ce type de geste fair-play est récompensé puisque l’organisation peut vous recréditer le temps perdu, ce qui encourage à aider son prochain. En termes de spécificité, il y a un pointage en sortie de spéciale pour éviter, en cas de pépins en course, de rouler à tombeau ouvert sur le routier suivant pour éviter des pénalités. Ainsi le temps en spéciale et en routier est dissocié. Les refuels se font comme en WRC, dans des zones spécifiques et c’est bien notre seul temps mort car les spéciales s’enchainent, il y a très peu de routier. C’est d’ailleurs le seul endroit, avec l’assistance, où nous quitterons notre casque pendant cette journée marathon. Malgré notre abandon à une spéciale de l’arrivée pour raison mécanique, j’ai eu un long débriefing avec l’organisation sur mon avis d’européen sur tous les aspects de la course. J’apprendrais quelques semaines plus tard que c’est sur la base de ce rallye, que le Canada a présenté sa candidature au calendrier du WRC. Pour moi, ils sont déjà quasiment prêts à accueillir une telle épreuve et les spéciales sont tellement belles, que ce serait un vrai plus d’avoir une seconde manche sur neige dans la saison. J’y reviendrais avec grand plaisir ! »

42982680_2032304603475372_579459734692691968_nPour ce qui est du parcours, Florian rejoint tout à fait Yannick à ce sujet : « C’est vraiment ce qui nous a frappé le plus. Les routes sont superbes et se dégradent très peu au fil des passages. Le profil ressemblait à celui de la Finlande mais en plus étroit. Les Subaru boys nous ont dit que c’était certainement le moins rapide de la saison, je n’ose imaginer les autres ! Il a d’ailleurs fallu que j’adopte rapidement un rythme spécifique et que je sois hyper concentré. On était souvent en 4, 5 et d’un coup, derrière un léger ciel vous aviez un virage lent. Il fallait donc être capable de très bien anticipé et de ne surtout pas perdre le fil. Je me rappellerai toujours de Bryan, qui en pleine spéciale alors que nous glissions en 4, me dit « Elle est vraiment trop belle cette spéciale ! ». C’est dire le plaisir que nous prenions.  Les départs énergiques à la main façon V-Rally vous donnent peut-être une motivation supplémentaire. Pourtant il n’y a pas foule sur le bord des routes, exceptés sur les 2 sauts ou les intersections faciles d’accès.

43047125_241602733369851_2686413490012291072_nL’assistance est souvent visible, installée en bord de route ou en ville pour attirer le passionné mais il faudra du temps pour que le rallye se développe. D’ailleurs le parc d’assistance bouge entre les 2 étapes et le soir non plus il n’y a pas de parc fermé. Il est donc possible de réparer sa voiture toute la nuit du moment que vous vous présentez à l’heure le lendemain matin au parc exposé. C’est une façon artificielle pour rapprocher les gens mais ça marche. Nous finissons 2èmederrière l’intouchable duo Higgins/Drew, multiples champions en titre. Une fierté de monter sur un podium à l’étranger avec tous ces champions qui étaient sur le fond d’écran de mon ordinateur il y a peu ! Et un immense merci à toute l’équipe d’Arek pour l’accueil et les efforts durant cette semaine américaine. Vivement le prochain. »

42864351_210203543033977_3407347188282425344_n.jpg42848632_729933264072205_3176450601147957248_n Ces deux témoignages prouvent que le potentiel hors Europe est réel avec des épreuves atypiques ayant tout à fait leur place dans des championnats plus relevés. Bien sûr, le rallye étant encore dans une phase de développement et de séduction du public mais surtout des constructeurs et des investisseurs dans ces contrées où le spectacle est roi, il faudra du temps pour mesurer si les actions menées vont dans le bon sens et si un avenir existe. En tout cas, ils ont attiré ma curiosité !

Un grand merci à Yannick et Florian pour leur disponibilité et leur regard de copilote baroudeur passionné !

La série « Launch Control » depuis 2013 dans le Subaru Rally Team USA (à voir absolument ! )

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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