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La première semaine (V.Sarreaud / Dakar 2019)

Jeudi 3 Janvier. Le Jour J. Valentin ne peut plus faire machine arrière et embarque dans le train pour Paris. Il retrouve Mika en fin d’après-midi à Orly, en attendant de décoller pour Madrid puis Lima à 20h30. Ils atterrissent au Pérou très tôt le matin et il faut déjà penser à protéger les organismes :

« Le voyage a été long mais surtout à notre arrivée à Lima : l’attente des bagages, les contrôles de douanes, le monde, ce fut interminable. Arrivés à notre hôtel, nous avions la matinée pour nous reposer et elle ne fut pas de trop. Nous avons mangé en ville puis nous sommes allés sur le bivouac. Et là première claque ! Wouahou !! Ça y’est, je suis sur le Dakar et pas en spectateur. Le podium, les énormes camions de course, l’ambiance, je prenais enfin la mesure de l’évènement et je voyais concrètement les choses. »

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L’équipe du SRT est déjà en place depuis la veille et travaille d’arrache-pied sur les autos pour les vérifications programmées le lendemain. Il faut installer le GPS, l’Irritrack, le lot de bord, vérifier les pièces et les serrages :

« Ce qui m’a frappé c’est que tout le monde bosse encore beaucoup sur les véhicules, y compris les équipes d’usines. Le matériel embarque le 23 Novembre au Havre et tout n’est pas forcément finalisé à temps. Mais l’entraide est réelle et tout le monde se connaît, ou presque. Cela facilite grandement les choses et fait gagner un temps considérable en cas de problème. De notre côté, on se réapproprie un peu le buggy, je recheck tout ce que je peux, vérifie les différentes commandes, mon installation. Jusqu’ici, cela ressemble beaucoup à un rallye classique donc je me sens dans mon élément et je passe petit à petit en mode course.  A notre retour, le taxi se trompe d’hôtel et Mika oublie son téléphone dedans, le décalage horaire ! »

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Justement, le décalage horaire parlons-en. Les deux compères se réveillent à 4h du matin ce samedi 5 Janvier et pendant que Mika en profite pour faire un footing, Valentin met à profit ce temps perdu pour relire les règlements et tout préparer pour les vérifications :

« Arrivé au bivouac, je passe dire bonjour à mon ancienne équipe de PH Sport et cela fait du bien de revoir des visages familiers. Je discute un petit peu avec Daniel Elena qui arrive tout juste de l’aéroport. Ma commande n’étant pas arrivée à temps, il me donne d’ailleurs une de ses visières pour le casque, quasi indispensable pour une épreuve disputée dans le désert (merci PM Racing). On récupère le buggy puis nous partons en convoi avec l’équipes pour les vérifications. Il faut faire le plein pour la première étape prévue demain et moi j’en profites pour m’imprégner et manipuler le GPS. »

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De l’extérieur, les vérifications administratives paraissent lourdes et interminables mais comme une grosse partie est faite en amont et que tout est parfaitement huilée dans l’organisation, cela dure en réalité moins d’une heure, en comptant le briefing obligatoire sur les éléments de sécurité. Tout le monde doit y passer (assistance comprise). Puis on test en personne l’Irritrack en direct avec le PC course de Paris et enfin les vérifications techniques, une autre histoire :

« C’était trop facile pour que nous nous en sortions aussi bien. On se présente dans la file d’attente à 11h30 et elle n’avance pas d’un mètre ! Cela m’aura au moins permis de rencontrer un motard paraplégique, un exemple de force et de courage fort et une motivation supplémentaire pour moi. Nous nous sommes aperçus d’une fuite au radiateur et nous avons demandé une dérogation pour le remplacer avant la mise en parc fermé. Après une pause sandwich à 15h, les mécanos nous propose de nous ramener à l’hôtel pendant qu’ils continuent les vérifications. A notre retour à 19h30, les voitures venaient juste d’en terminer … Avant le briefing prévu à 20h, toutes les têtes d’affiche de la discipline sont là et tout le monde discute. Lorsque le speech commence, je suis très attentif. Les habitués se disent déçus par la mise en scène qu’ils ont connu plus spectaculaire, moi je savoure car tout est nouveau. Au moment de la distribution de mon premier roadbook, je prends un coup de pression car je sens que la course commence enfin ! »

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Une nouvelle fois debout à 4h, l’équipage est cette fois rejoint par Mathieu, Patrick et Bastien, leurs mécanos, pour le footing du matin. Après un petit déjeuner copieux, Valentin s’attèle à sa première préparation de roadbook, un travail crucial pour la réussite :

« J’ai vraiment pris le temps pour trouver une première méthode de travail efficace et qui me corresponde, même si celle-ci allait évoluer. Nous avons fait notre premier briefing avec tous les membres de l’équipe SRT et je me sens bien, à ma place. Entre temps, j’ai reçu beaucoup de messages et d’appels et cela m’a fait un bien fou. Je me replonge dans mon roadbook avant de descendre pour le podium. Il y a un monde dingue et un engouement extraordinaire, nous ne sommes pas vraiment habitués à ça en Europe. L’attente est longue mais je savoure chaque minute et l’émotion commence à m’envahir. Le passage sur le podium fut bref mais intense et nous sommes déjà de retour à notre hôtel. Je check pour la 800èmefois mon roadbook et mon matos, je prépare mon sac et demain, on saura enfin si ma préparation a été fructueuse. »

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 Le décalage horaire s’estompe à peine en ce dimanche 6 Janvier mais Valentin tient le coup grâce aux messages de ses proches mais surtout à l’appel de sa conjointe et de sa fille qui ferait briller les yeux à n’importe quel dur à cuire. La sortie de parc est programmée à 8h42, c’est parti :

« J’ai la sensation de partir à la guerre, un véritable saut dans l’inconnu. Les regards furtifs échangés avec Mika en disent long : « On ne sait pas où on va mais on y va ! ». Nous avons 247km de liaison pour rejoindre le bivouac de Pisco qui sera notre nouveau camp de base. Le départ est décalé d’1h à cause d’une erreur dans le roadbook et il y a beaucoup de vent et de sable. J’erre dans la zone de neutralisation de départ avec mon masque de ski pour me protéger et Danos, accompagné de David Castera, m’interpelle : « Tiens, fait voir un peu ton premier roadbook ». Ils me donnent de nouveaux conseils sur mon roadbook qui s’avéreront capitaux : la numérotation des Waypoints (WP). Je m’installe alors dans mon baquet pour terminer le travail avant notre tour. »

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Premier départ et premières sensations. Il aura fallu bien sûr quelques kilomètres pour se caler mais tout se déroule de mieux en mieux et à tous les niveaux. Excepté une petite alarme de température d’huile qui les aura obligés à ralentir à mi-spéciale et une fuite de direction assistée décelée à l’arrivée, notre duo franchit la ligne à une belle et prometteuse 30èmeplace :

« On a fait une très belle spéciale mais je suis déjà vidé. Tout le stress accumulé, la pression de bien faire, la concentration pour ma première spéciale, tout cela vient de s’évacuer. Je ne sais absolument pas quoi penser de notre prestation et encore moins de la mienne, mais je suis heureux. Mika aussi est content et ça me rassure. Par contre, j’ai de fortes nausées et ça me rassure moins pour la suite. Surement dû au stress et au fait que nous soyons partis presque l’estomac vide. Heureusement il n’y a pas de liaison pour rejoindre le bivouac. Après avoir récupéré le roadbook, je prends rapidement une douche et j’enchaine sur la préparation du lendemain. Je suis accompagné cette fois de Fabian, l’autre copilote, que je m’attraque de questions ! Le pauvre ! Il est à l’écoute et pas avare de conseils. Sachant maintenant plus précisément ce qui m’attend et ce dont j’ai besoin, je modifie, déjà, quasiment tout mon code couleur. On s’accorde une pause rapide à 19h30 pour manger et enchainer sur le briefing avant de se remettre au boulot jusqu’à 22h30. Je monte mon premier campement (tente et matelas gonflable) et dodo ! »

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Valentin garde le rythme avec un réveil à 4h45 pour la 1èregrosse journée de course. Il faut ranger le camp, se forcer à avaler un bon petit déjeuner et une assiette de pâte. La sortie de parc est prévue à 6h30, suivit d’une courte liaison de 7km (avec un péage) pour un départ programmé à 6h50 :

« On réalise une très bonne entame de spéciale, sur un bon rythme et je comprends maintenant mieux le roadbook et ses indications et donc ce que j’annonce à Mika. On prend vraiment du plaisir surtout que l’on dépasse pas mal de concurrents et sans se faire doubler. Le moral est au beau fixe. Jusqu’au km161 où on se plante pour la première fois. On perd finalement peu de temps car nous étions bien organisés et efficaces. La descente vers le Pacifique est vertigineuse et magnifique. Au km209, la DA nous lâche et il reste encore 150kms … On décide de continuer sans la changer ce qui est un calvaire pour Mika qui sert les dents. Au km325 c’est à mon tour de faire ma première vraie erreur lorsqu’on emprunte la mauvaise vallée de dune. On est nombreux à jardiner et on perds presque 25 minutes avant de retrouver la trace. »

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A l’arrivée, le classement n’est pas mauvais si on considère la panne de DA et le jardinage ce qui reboost notre équipage. Mais il reste 203kms de liaison et ils sont obligés de se relayer au volant pour que Mika repose ses épaules. Lorsqu’ils atteignent enfin le bivouac, le rituel reste le même : douche rapide, récupération du roadbook et coloriage. Valentin commence à s’approprier la méthode et modifie encore ses couleurs pour que les infos lui parlent. Le premier coup de blues apparaît une fois dans la tente mais grâce au « Doudouvache », Valentin parvient à retrouver le sourire et s’endormir, la journée de demain sera encore pire.

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Malgré le confort sommaire, Valentin dort bien et il aura besoin de toute l’énergie disponible pour boucler cette longue étape. Comme la veille, le début de chrono se passe bien malgré un cordon de dune compliqué bien négocié par Mika et Valentin et un quasi tonneau rattrapé de justesse. Valentin a le sentiment de faire le job mais les ennuis s’accumulent :

« Cette fois c’est l’alarme température d’eau qui s’allume. On roule un moment en descente sans tirer sur le moteur mais l’alarme persiste. On s’arrête alors pour chercher la panne et on découvre que c’est la courroie qui a lâchée. Là on prend un coup au moral car c’est quasiment ce qu’il y a de plus dur à changer, entre 1h et 1h30. On repart alors en queue de peloton, et à l’entrée d’un petit canyon, on se retrouve bloqués derrière un équipage chinois. En essayant de passer à côté, le buggy se met en travers dans ce goulot d’étranglement et les vérins nous lâchent en plus à ce moment-là. Vous la sentez la bonne journée ? On redouble d’efforts pour se sortir de là, bien aidé par le chauffeur du camion balai. Dans un élan de solidarité, je propose à Mika de tirer rapidement nos amis chinois afin de débloquer la situation pour tous les autres. Mauvaise idée. Un Toyota nous tombe du ciel et vient s’écraser contre ma portière ! il nous aura fallu encore de longues minutes avant de pouvoir enfin repartir. »

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Mais les galères continuent pour nos bons samaritains. Ils doivent composer avec une crevaison lente que Valentin gère au mieux avec le système de gonflage mais sans succès. Ils crèvent, puis déjantent et sans cric ni vérins, ils doivent faire preuve d’ingéniosité en montant sur une dune pour lever la roue. Encore raté. Le buggy est planté et il n’y a désormais plus grand monde derrière pour aider :

« Mika se met en bord de piste pour demander de l’aide à un concurrent pendant que je creuse sous la roue pour essayer de la remplacer. Après de très longues minutes, c’est finalement un camion hollandais (des pompiers) qui nous tire mais il nous faut encore un cric. Un équipage en SSV fini par s’arrêter pour nous prêter le leur. Image cocasse, pendant que nous bataillons pour changer cette maudite roue, le couple du SSV s’accorde une pause clope ! On franchit enfin la ligne d’arrivée à 20h (pour rappel nous sommes partis à 6h50) et il reste encore 400kms de liaison. Sans parler de la préparation de l’étape marathon du lendemain sans assistance durant 2 jours. La nuit sera courte pour tout le monde. »

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Comme prévu, la nuit a été courte mais étrangement la fatigue ne se fait pas vraiment ressentir. L’adrénaline sans doute ou la préparation de haut niveau de Valentin. Cette fois, l’équipage du buggy n°356 s’élancera dans les derniers, ce qui ajoute une difficulté supplémentaire avec l’apparition du fameux fesh fesh :

« Je découvre ce sable aussi fin que de la farine et c’est juste impressionnant. Il rentre de partout et nous montre que la voiture n’est pas étanche. On s’arrête à côté de nos coéquipiers Mathieu et Fabian qui nous apprennent que le moteur vient de casser et que l’aventure s’arrête ici. On repart avec l’envie de bien faire pour eux, pour l’équipe. Au km70, on s’écarte exprès de la trace pour ne pas se planter, et on se plante … On y restera une éternité à avancer mètre par mètre et on laisse filer près de 45 minutes. Mais d’autres y passeront plus de 3h, il y a des voitures plantées partout. Sans raison apparente, la portière de Mika décide de nous abandonner et elle ne tient plus fermée. Heureusement, j’ai toujours une sangle à tuyaux dans ma sacoche. Au moment de repartir sur ce grand plateau, on sent le moteur poussif et on peine à rester en 3ème. On se fait même doubler par des RZR qui plafonne à 130km/h. »

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Valentin profite alors de la neutralisation au milieu de la spéciale pour sortir le filtre à air et enlever tout le sable, excellente initiative ! Ils sentent rapidement les effets bénéfiques lors du second départ mais cela sera de courte durée car au km293, ils doivent arrêter leur buggy. Le moteur fait un bruit de mixeur rempli de gravier et de l’huile s’échappe à la jonction moteur boite. C’est aussi l’abandon pour eux. Journée noire pour le SRT :

« On réussit à rejoindre la route en se faisant tracter par un local jusqu’au CP3 (même endroit que la neutralisation précédente). Nous sommes bien accueillis par la flotte de camion balai qui attendent de savoir s’ils partent en spéciale ou non (on retrouve celui qui nous avait aidé la veille). On rejoint le bivouac à 2h du mat’ après avoir parcouru 180km à la sangle. Le dodo nous appelle. »

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L’équipe ne dispose que d’un moteur de secours et Mika et Valentin se sont déjà fait à l’idée que ce serait leurs coéquipiers qui en bénéficieraient. Mais coup de théâtre. Mathieu leur annonce qu’il ne veut pas repartir et que le moteur est pour eux. Bobo, Flo et Lionel, les mécanos, se mettent alors au boulot, bien assistés par Nico le chauffeur et Jérôme le logisticien :

« Ça a été dur de voir partir Mathieu, Fabian, Gégé, Bastien et Patrick. Mika et moi profitons de cette pause forcée pour aller à l’hôtel et se changer les idées et surtout bien se reposer pour la deuxième semaine. On discute beaucoup sur la semaine écoulée et les attentes de chacun au niveau de la communication dans la voiture notamment. On passe la soirée dans le magnifique centre d’Arequipa et on ne tarde pas à retrouver un vrai lit. »

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Le lendemain, journée de repos. Après une matinée détente et téléphone avec la famille, Mika et Valentin se rendent au bivouac pour passer le check médical et les vérifications techniques obligatoires pour repartir en semi-marathon. Le roadbook est récupéré à 15h et un gros travail de préparation attend Valentin car ils vont repasser par le fameux canyon en sens inverse. Le réveil est programmé à 3h30.

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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