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La deuxième semaine (et fin) (V.Sarreaud / Dakar 2019)

Si vous vous souvenez bien, nous avions laissé Valentin dans la préparation de son roadbook après deux journées de repos. Comme prévu, la nuit fut courte malgré un peu plus de confort (ils ont pu récupérer la cellule vacante de Mathieu et Fabian dans le camion). Paradoxalement, le repos des deux jours précédents et les quelques siestes ont empêché Valentin de trouver le sommeil avant 1h du matin … pour un réveil à 3h30. Le départ est programmé à 5h34 pour une longue liaison de 460km le long de la côte Pacifique :

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« La stratégie est simple pour nous : sans enjeu il faut juste rouler au mieux. On sait que les 60 premiers kilomètres dans les dunes de Tanaka seront difficiles. Daniel Elena y avait laissé son coccyx en 2018. On se plante une première fois en voulant éviter un SSV au sommet d’une dune. Perte de temps minimum grâce à notre détermination, notre fraicheur physique et une bonne synchronisation entre nous. La navigation fut vraiment compliquée et on s’arrête même quelques secondes par moment, le temps de réfléchir et prendre la bonne décision. Stratégie payante car nous dépassons de nombreux concurrents partis devant nous. »

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A la sortie de cette portion délicate, le duo augmente le rythme mais est de nouveau ralenti par un problème sur le système de gonflage automatique. Ceci les obligent à trouver de l’air à chaque neutralisation avant d’être complétement à plat (l’organisation neutralise des parties de chrono afin de traverser des grands axes routiers). Ils arrivent alors à l’entrée du canyon maudit :

« A ce moment, je sais qu’il reste encore une quarantaine de kilomètres de pistes caillouteuses et nous n’avons plus que 0,6 bars dans les roues … Soudain, nous sommes stoppés par un commissaires à l’entrée du canyon qui nous annonce que la spéciale est momentanément neutralisée pour permettre de débloquer la situation devant. Comme lors de la 3èmeétape. On se retrouve vite à une trentaine de véhicules auto, moto, camions, quads à attendre patiemment. Il aura fallu de longues négociations pour qu’un concurrent accepte de nous remettre de l’air. Nous voilà prêt à repartir au combat. »

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Mais le canyon est décidément diabolique. L’histoire se répète 300m après et les voilà de nouveau en travers dans ce satané goulot d’étranglement. De colère, Valentin frappe le sol, il voit déjà le spectre de la 3èmeétape refaire surface. Mais au même moment, Mika fait hurler le V8 et par miracle, les voilà remis dans le sens de la marche. Et ce, avant même que le camion derrière eux ne soit relâché par l’organisation. A peine la ligne d’arrivée franchie, que les messages de félicitation affluent :

« Je suis surpris de recevoir des messages si vite mais un en particuliers attire mon attention : vous avez fait le 12èmetemps ! Un énorme soulagement et une immense fierté de voir enfin nos efforts récompensés. La routine du soir se met en place après la liaison du retour. Cette fois la reprise du rythme de course et la longue journée auront eu raison de moi : je m’endors sur mon roadbook. J’ai fait mon possible mais je préfère aller me coucher et je programme mon réveil à 4h pour terminer le lendemain. »

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Semi-marathon oblige, les deux compères s’élancent encore loin sur la route sur cette 7èmeétape. Et ce n’est pas la tempête de sable au départ qui va arranger les choses. Après un bon début de chrono, comme souvent, c’est la mécanique qui stoppe leur élan. La DA a déjà abdiqué :

« Pour la première fois de notre aventure, Mika baisse les bras. C’est la panne de trop et il me demande de trouver une route pour rentrer au bivouac. Je dois alors prendre le relais pour l’équipage et demande à Mika de ne pas prendre de décision trop hâtive, de bien réfléchir car si on arrête, cette fois se sera terminé. Si ça se trouve ce n’est pas grand-chose. Et nous voilà plongés dans les entrailles de l’auto pour tenter de réparer. Changer une pompe de DA n’est pas très compliqué sur ce buggy, sauf quand l’outil spécial prévu est … cassé ! Sur le coup on rit jaune mais la volonté de repartir était de retour. Bien aidé aussi par cette charmante famille péruvienne dont les enfants nous proposer timidement du jus d’orange. »

Mika et Valentin finissent par repartir mais le moral et la motivation n’y sont plus. La suite de la spéciale sera composée d’ensablement, de jardinage, ils changeront même une roue en pensant avoir crevé alors que c’était encore un problème du système de gonflage. Un véritable enfer mais contre toute attente et grâce à leur persévérance, l’équipage est au bout. Encore 3 étape dont 2 annoncées comme très difficiles.

« Pour la première fois, je me lève avec la boule au ventre et la gorge nouée. L’envie n’y est plus du tout. Pourtant, une fois dans la voiture, l’esprit de compétition reprend le dessus. J’ai bien analysé la spéciale et je sais qu’il y a 170km avant d’arriver aux fameuses dunes très difficiles. On veut à tout prix confirmer la belle perf’ du dimanche et on part déterminés. »

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Entre le brouillard et les zones de fesh-fesh, Valentin n’est pas épargné pour la navigation rendue extrêmement difficile voir dangereuse. La petite expérience acquise jusqu’ici commence cependant à être bénéfique et jusqu’au km97, le duo ne lâche rien. Moment qu’a choisie la boite de vitesse pour rendre l’âme. Ils le savent, ils ne verront pas Lima :

« La déception est grande mais on avait presque fini par se faire une raison. Le PC à Paris nous annonce que les camions balais ne seront pas là avant 22/23h, il est 11h30. On essaye alors de se faire tracter par un local mais la boite est complètement bloquée. La seule solution est alors de démonter les deux cardans. Il ne manquait que la graisse à cardans pour compléter la palette sur ma combinaison … Une opération simple sur le papier qui se transforme encore une fois en chemin de croix. Vous allez croire qu’on le fait exprès. Maintenant c’est le cric de secours qui nous lâche et on finira par creuser sous les roues pour pouvoir démonter. »

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 Après 60kms sur les pistes, tractés par un spectateur, c’est l’assistance qui prend le relais pour rejoindre Pisco dans la soirée. Là, Mélanie et Jean Carles, la femme et le fils de Mika, les attendent pour leur apporter un peu de réconfort. Pour les autres le rallye n’est pas fini :

« Une fois rangés et chargés, les camions partent direction Lima pour attendre l’embarquement direction le Havre. Pour ma part, c’est la première fois que je vais prendre le temps de profiter du bivouac. Je passe un long moment dans l’équipe de Bernard Piallat, PH Sport. Discussion, rigolade, partie de Uno. J’aurais vécu en live le moment où Seb et Daniel casse une trans’ et appel l’ingénieur avec qui je discutais. Je vais ensuite chez Sherco pour voir l’arrivée de Mickaël Medge, un pilote gardois sur une moto gardoise, vainqueur de l’étape du jour. J’admire aussi Toby Price, futur vainqueur, qui s’est battu toute la course avec une fracture et qui descend de la moto vidé complet. A son arrivée, Danos m’invite à boire une bière dans son camping-car pendant qu’il répond à quelques interviews. »

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Des moments simples mais qui permettent de faire passer un peu la pilule et retrouver le sourire. Le retour à Lima se fera le jeudi en bus, ponctué pas une surprise de dernière minute. Valentin reçoit un appel de l’organisateur pour les convier à l’espace VIP Motul au podium pour une remise des prix :

« La vidéo de notre mésaventure lors de la 3èmeétape a récolté le plus grand nombre de vote du public. On reçoit donc le 1erprix du « Dakar Epic Stories by Motul », qui récompense l’esprit du Dakar (entraide, dépassement de soi, persévérance, …). Une petite consolation même si c’est dur de voir passer tous les finishers sur le podium. Je relativise quand même d’avoir la chance d’être ici. Nous arrivons le vendredi matin à l’aéroport et je retrouve enfin mes amours le samedi soir. »

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Voilà qui clôture la formidable aventure de Mika et Valentin, l’équipage n°356, sur le Dakar 2019. Un condensé de toutes les émotions en moins de 10 jours sur une épreuve qui reste encore une des plus difficiles au monde. Merci à toi Valentin d’avoir pris le temps de raconter toute votre aventure en détails, très formateur pour ceux qui rêvent, un jour, d’y participer aussi.

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Vous en voulez encore ? Une dernière partie, celle du debrief, viendra clôturer définitivement ce long et passionnant dossier et pour l’occasion, nous vous proposons de poser vos questions à Valentin. Alors à vos claviers !

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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