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Chaises musicales

L’attente a été longue et je vous comprends. Mais ce premier article de 2020 devrait vous plaire. Il s’agira encore de copilotes mais dans des situations pour le moins inhabituelles. On a déjà longuement parlé de ce rôle couteau suisse qui va bien au-delà de la lecture d’un roadbook ou de la diction des notes. Il n’est pas rare que lors de longues liaisons, surtout en WRC, ou de journées longues et éprouvantes, le pilote profite de ces quelques minutes de trajet pour piquer un petit somme ou au moins se relaxer. Le copilote change alors de place mais garde son précieux roadbook sur les genoux ; il ne faudrait pas tout chambouler non plus ! L’arrivée à un parc fermé ou à l’assistance est alors le théâtre de scène d’étonnement de la part des médias lorsque c’est l’habituel homme de l’ombre qui ouvre la porte du conducteur.

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On a connu des situations où cet échange de place furtif aller encore plus loin. En voici quelques-unes des plus célèbres :

  • Rallye du Condroz 2002 

On connait tous les fameuses « double-monte » où l’équipage échange sa place d’une spéciale à l’autre. Surtout visible dans les petites épreuves, lorsque l’on ne sait pas encore si on préfère piloter ou annoncer des notes. Mais lorsqu’il s’agit de coéquipiers déjà bien établis, avec un certain palmarès, on ne s’y attend pas forcément.

Pour le premier exemple, on part du côté de la Belgique et de Huy pour le rallye du Condroz. Epreuve incontournable du championnat belge, le duo mythique Thiry/Prévot, file vers une nouvelle victoire avec une avance confortable. Pour ces joyeux drilles, toujours partants pour la déconne et l’auto-dérision, conclure cette course de cette façon manquait de panache, de fantaisie. Bruno a donc l’idée folle, on peut le dire, de passer le volant à son compère pour la dernière spéciale. D’abord retissant par peur de tout gâcher, Stéphane se laisse finalement convaincre. Comme on ne peut pas changer les réglages de position de baquet ou de volant, Prévot profite de la liaison pour essayer un peu l’auto et se positionner au mieux. Le pari est réussi car à l’arrivée, personne ne s’attendait à voir le casque intégral flanqué du Grosminet ! Même si Stéphane était déçu de son temps, on peut le féliciter d’avoir amener la 206 WRC Kronos à l’arrivée en un seul morceau.

Résumé Champion’s (à partir de 23min05) 

L’histoire retiendra que se fut le dernier rallye pour le duo puisque Stéphane Prévot, sans programme officiel avec Bruno, accepta de seconder François Duval à partir du Rallye de Turquie 2003.

 

  • Rallye Monte Carlo 2012

On fait maintenant un bond de presque 10 ans pour revenir au Rallye de Monte Carlo 2012. Cette année-là, Delecour et son grand ami Doumé Savignoni, sont engagés sur une Ford Fiesta WRC. Après une belle course, ils sont 6ème, juste devant l’équipage corse Campana/De Castelli sur la Mini WRC officielle. Avec 1min25 d’avance et la Power Stage de 5,16km a disputée, il n’y a plus vraiment de suspense. Un peu dans le même état d’esprit que pour les belges, Delecour décide d’inverser les rôles pour offrir à Doumé une sorte de cadeau d’adieu, lui qui a décidé d’arrêter sa carrière à l’issu du Monte Carlo (en vérité, Dominique est toujours en activité et ce n’est pas prêt de changer !). La courte vidéo est pleine d’enseignement puisqu’on sent François qui transmet sa motivation mais en même temps il à du mal à se caler et essaye de le tempérer alors que Doumé demande de débiter plus vite ! A l’arrivée, François explique la situation aux journalistes et admet la difficulté de balancer des notes dans le bon tempo.

Résumé Motors TV (à partir de 25s)

 

  • Rallye de Suède 2011

Après l’échange en guise de cadeau, on passe à l’échange obligatoire.  Lors du Rallye de Suède en 2011, Petter Solberg est arrêté par la police pour un excès de vitesse entre l’EES5 et 6. Dans les pays scandinaves, on ne plaisante pas beaucoup avec la délinquance routière, star du rallye ou pas. Heureusement pour Petter, il connait la loi et il sait qu’il peut faire appel. Cela lui laisse donc 2 jours suspensifs en attendant le verdict. Cette procédure lui permet donc de continuer son rallye jusqu’au dimanche 15h00. Longtemps 3ème, il finit par rétrograder mais remonte à la 4ème place avant la Power Stage de Gustavsfors. Quatre kilomètres pour reprendre 6,7s à Latavla, cela parait mal engagé à la régulière, de même que pour Ogier relégué à 7,7s de Petter. Mais l’appel arrive à son terme, il est 15h00 et Petter n’obtient pas gain de cause. Il a donc obligation de laisser le volant à Chris Patterson pour terminer ce rallye ! Il n’est plus question de lorgner sur la 3ème place et il faut même se préparer à perdre la 4ème au profit du français. Dans son « malheur », le calvaire de Chris ne dura que 4,16km et 3min13s. Il échoue à 3,8s de l’avant dernière place mais perd près de 51,2s sur le scratch, soit 12,3s/km ! Je lui tire malgré tout mon chapeau car remplacer son pilote, dans ces conditions, en dernière minute avec un Petter archi stressé à côté qui ne balance aucunes notes mais qui au contraire vous demande de freiner partout, il fallait le faire. Et de surcroit dans une WRC sur la neige. Comme quoi, pour l’un comme pour l’autre, le rôle de chacun ne s’improvise pas. Pilote une WRC à la limite ou dicter des notes dans le timing parfait, même combat.

https://www.youtube.com/watch?v=1YNRJKFlsXQ

 

  • De plus en plus jeunes

La précocité en rallye peut-être un lourd handicap. Dans la majorité des sports, on peut débuter à l’âge de 3 ans et gravir les échelons. En sports mécaniques, c’est une autre paire de manche. Même si en karting et globalement sur circuit, le permis n’est pas obligatoire (l’année dernière encore on pouvait courir en Moto GP sans permis et avant l’arrivée de Verstappen en F1 c’était aussi le cas), en rallye en revanche, de par son fonctionnement, le permis est nécessaire. Et cela se comprend puisque vous empruntez les mêmes routes que les usagés. Pourtant, certains pays ont étendu leurs règlements pour accepter des pilotes de 17 voir 16 ans ! Mais sous certaines conditions. On se souvient de Latvala, Mikkelsen et d’autres pilotes scandinaves aisés, courir au Royaume Unis dès l’âge de 17 ans. En fait, les rallyes terre étant tracé dans des forêts privées, nul besoin de disposer de permis mais pour les liaisons, c’était au copilote de les faire. Plus récemment en Lettonie, Rovanperä fils a pu rouler dès l’âge de 16 ans de même que le fils Solberg (en courant sous licence Lettone). Mais Kalle Rovanperä est aller encore plus loin, puisque le règlement italien a été adapté pour qu’il puisse rouler dans le championnat national à 17 ans, une première. Que ce soit Denis Giraudet avec Oliver Solberg sur 3 manches aux USA ou Risto Pietiläinen pour Kalle Rovanperä, ces copilotes faisaient non seulement toutes les liaisons au volant pendant la course mais certainement aussi les reconnaissances ! Imaginez le travail.

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Si vous connaissez d’autres anecdotes sur ce sujet, n’hésitez pas à nous les partager. Nous allons fouiller dans nos archives pour débusquer d’autres

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C’est en feuilletant un vieux magazine de l’année 1994, que mon attrait pour le rallye a commencé. Il aura pourtant fallu attendre le Monte Carlo 2000 pour que j’aperçoive en vrai ces autos et ces pilotes qui me faisaient tant rêver. Depuis, cette discipline hors normes à guider ma vie, sous différentes formes, et j’ai désormais la chance d’y travailler au quotidien comme coordinateur sportif et copilote.

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